Bonheur individuel et collectif Sur les ailes du désir 08 novembre 2009
Quand tout le monde parle de malheur, quel enchantement
qu’une vision d’ensemble propose la joie – la plénitude de la
satisfaction – comme antidote à la souffrance et à notre propension à la
violence! Le philosophe Robert Misrahi nous démontre en effet, dans son
livre La jouissance de l’être, rien de moins que la réalisation du bonheur
humain s'appuie sur la personne comme être de désir. Son propos englobe successivement le corps, la conscience et
la dimension cognitive, avant de déboucher sur la mise en lumière d'une crise
où s’exprime la révolte face à l'intolérable, pour enfin se convertir à la
joie. Il affirme que « L'essence de l'être humain est une sociabilité
heureuse ». Sa clé du bonheur : l’humain est un être de désir et cette
éthique de la joie rayonne sur les autres. La santé n’est-elle pas une
expérience du bien-vivre qui résulte d’un équilibre en mouvement, imbriquant à
la fois le physique, le psychique et un environnement social et écologique? « Si nous déplorons les famines, les tortures, les
exclusions, c'est que nous considérons qu'il s'agit là de trahisons de
l'essence même de l'être humain. Nous sommes scandalisés uniquement par
référence implicite à la situation opposée, que nous avons toujours clairement
en tête même sans la formuler : une condition humaine pacifiée, amicale et
heureuse. » Certes, beaucoup d’objections viennent à l'esprit du lecteur
– d'abord, cette prescription du bonheur pour gens déjà heureux (si on peut
l’être!) ne s’adresse pas à une large part de l’humanité en proie au fléau
de la famine, à l’extrême pauvreté et aux injustices les plus ignobles. Aussi,
à l’extrémité de la pyramide du bonheur, notre philosophe ignore chez l’humain
la félicité de la conscience d’être partie d’un tout, d’être « un »
dans la globalité des existences sensibles et… plus subtiles. Cette
transcendance… Ce n’est pas là son propos. Enfin! Il est rare de fonder le
parcours des individus et des collectivités sur le désir, sur la joie d'être,
car sans elle, rien d'humain ne serait. Ni vous ni moi! Gilles Châtillon La jouissance d'être. Le sujet et son désir. Essai d'anthropologie, Robert Misrahi, Encre Marine, 426 p. |